Samedi
J'ai encore un peu mal au genou surtout pour descendre les marches, mais je repars en
ballade car Denise veut me montrer son centre de gériatrie et veut tester avec moi le trajet en bus. Une heure d'attente presque et aucun bus pour Nasr, un quartier au sud-est d'Héliopolis. Sur
les conseils d'une Egyptienne, nous montons dans un autre bus mais qui ne nous mène nullement à l'endroit voulu. Retour au point de départ. Nous referons un autre essai après plus amples
explications.
L'après midi, nous jouons les touristes, accompagnées d'une amie égyptienne. Promenade en felouque sur le Nil pendant une heure bien délassante, à la tombée du jour. Le
Nil est encombré de bateaux à moteur décorés de mille lumières, avec haut parleurs à fond car c'est fête et beaucoup d'Egyptiens viennent en famille ou entre jeunes ! Mais le spectacle de la nuit
qui s'abat sur le Caire m'émeut encore. Je ne sais l'expliquer. Peut-être est-ce à cause de la rapidité. ll y a quelque chose qui me rappelle à ce moment là la vulnérabilité de l'être.
Retour à terre et en route pour la représentation de danse soufie (derviches tourneurs) dans un ancien
caravansérail situé dans le quartier islamique.
Époustouflant spectacle de plus de 2 heures sans interruption, ou musiciens et danseurs semblent établir un dialogue aux multiples cadences. Grande complicité entre les musiciens d'abord et
ensuite avec les danseurs puis communion totale des uns avec les autres et surtout avec Dieu. Un des plus vieux danseur a tourné ainsi près d'une demi-heure aux rythme de la musique et s'est
arrêté net sans même tanguer !
La musique, comme la voix du chanteur, est envoûtante au point que je n'ai eu aucune sensation du durée.
Les derviches portent plusieurs robes et les font tourner de plus en plus vite afin qu'elles grimpent au dessus de leur tête : ensuite les unes après les autres ils les font sortir par
la tête dans un jeu de striptease
Lundi,
encore congés, c'est le jour de la fin de la guerre du SinaÏ.
Appel de l'ambassade vers midi, car je suis toujours là à attendre mon visa et l'autorisation de l'ambassade.
Un conseiller me demande de rencontrer la consule afin qu'elle puisse juger si je pouvais vivre à Assiout, toute seule ! Donc départ vers le consulat, Je fais la connaissance de la consule qui
pensait que j'étais toute jeune ! Elle voulait savoir dans quel cadre j'allais là bas où et comment j'allais être logée et si j'avais des attaches au Caire au cas où, etc. Heureusement que je ne
suis pas influençable car j'aurais commencé à me poser des questions sur les risques que j'encourais à séjourner dans cette ville ! C'est moi qui l'ai rassurée en lui disant que j'étais bien
préparée à la vie qui m'attendez là bas. Elle m'a dit que j'aurais mon autorisation rapidement. Hier, nouveau coup de fil du conseiller, personne ne savait ou était passé mon passeport que
j'avais remis dimanche aux aurores afin d'avoir une chance d'obtenir le même jour mon visa. Je viens d'apprendre que le ministère était fermé ce jour là. Je suis ravie !
J'attends des nouvelles de l'ambassade, et suis un peu moins disponible dans ma
tête
pour aller faire du tourisme !
Jeudi soir, je suis invitée à aller à la remise des diplômes de Ramses collèges for girls.
Grande soirée au centre international d'Héliopolis. Il y avait congés ce jour
afin que les jeunes filles puissent se préparer à cet évènement. La salle, immense était pleine d'amis et familles des jeunes, que du beau monde, superbement habillé ! Vu le prix des cours dans
ce collège, ce n'était pas étonnant. Grand spectacle genre "à l'américaine", défilé des diplômées par ordre de mérite, les meilleures étant revêtues d'une tunique blanche, les autres étaient en
bleu. Toutes se sont installées sur l'estrade, face à la salle et les discours (en arabe, en anglais et même un en français) des directeurs, élèves et responsables du Synode du Nil se sont
succédés. Puis remise des coupes et des diplômes. C'est curieux de voir ce genre de cérémonie en début d'année scolaire et non à la fin.
Vendredi
J'ai
retrouvé Marie France à Zamelec, autre beau quartier de la ville, sur la plus grande île, pour visiter un musée, mais hélas fermé le vendredi. Nous avons donc déambuler dans l'hôtel Marriott,
juste à côté, installé dans l'ancien palais construit pour la reine Eugénie, lors de l'inauguration du canal de Suez. Très bel endroit agréable, avec superbe jardin ombragé, piscine et arcade
devant l'hôtel. Puis elle m'a montré les nouveaux bâtiments de la mission économique où ils doivent s'installer le 1er novembre. Il y a encore du travail à faire et il y a de fortes chances que
le camping soit de rigueur, et cela après 2 années de construction. Après un bon repas, nous sommes allées rejoindre les américaines au souk des bijoutiers car Denise veut commander une croix.
J'avais traversé vite fait ce souk le 1er soir de ma visite du quartier islamique, mais comme c'était dimanche, presque toutes les boutiques étaient fermées. Je n'avais pas vu alors tout cet or,
entassé dans les vitrines, dont la majorité sous forme de parure de reine. Je me demande bien qui peut acheter ces bijoux et si c'est pour porter où pour mettre au coffre, comme compte en banque.
Et la densité de magasins ! Les ruelles n'avaient pas besoin d'être éclairées tellement ça brillait de partout.
Samedi
Toujours pas de visa. Je prépare le plus gros de mes bagages pour pouvoir les confier aux professeurs d'Assiout,
qui sont arrivés ce matin pour la cérémonie de la remise du prix d'excellence. Et qui partirons sans moi. Il s'agit de remettre un certificat à la meilleure personne de chaque catégorie
travaillant dans chaque école du Synode. Cela va du gardien au directeur, en passant par la femme de ménage et ainsi de suite.
Mais avant, exposition-vente des créations des élèves dans la cour centrale et spectacle de kermesse
à l'intérieur de la salle des fêtes, animé par la responsable des professeurs de français du Caire.
J'avais
utilisé ses compétences de traductrice le matin pour d'abord rencontrer le directeur de ma future école et ensuite lui demander si je pouvais confier aux professeurs le plus gros de mes bagages
lors de leur départ. Aussi, au beau milieu du spectacle, ai-je dû, sur son invitation, me lever afin que tous les professeurs d'Assiout puissent me voir et ils se sont mis à m'applaudir ! Un peu
gênée quand même mais ravie nsuite car à la fin de la cérémonie, ceux qui parlaient français ou anglais sont venus me voir et me dire qu'ils m'attendaient avec impatience.
Dimanche
Invitée par les américaines pour aller au temple et passer la journée ensemble.
Nous n'étions pas plus nombreux au temple américain qu'à celui de la paroisse de langue française. Je ne sais si je devais m'en réjouir où réfléchir aux causes de cette désaffection. Nous avons
très bien déjeuné au restaurant suisse, où j'ai découvert qu'il faisait un très bon pain mis en vente dans la boutique et somme parties à la cité des morts. Nous avons d'abord visité la mosquée
qui a le plus beau minaret de tout le Caire (c'est la mosquée dessinée sur les billets d'une pound égypptienne), puis fait un tour dans l'atelier de verrerie en face, mais les ouvrières ne
travaillant pas le dimanche, nous n'avons pu qu'admirer les productions. Naturellement j'ai acheté un petit vase en forme de cruche et un autre plus petit pour les petits bouquets. Les deux
fleuristes qui se trouvent à la sortie de l'école m'offrent une rose, de temps en temps, et je n'avais qu'un verre pour les accueillir. Belle excuse.
De là, Denise et moi sommes parties explorer la cité des morts. C'est un immense cimetière qui doit faire au moins
1/3 de Paris et dans lequel se sont installés des vivants en mal de logement.
Les
tombes égyptiennes sont, comme dans beaucoup d'autres pays, des lieux de rencontre entre vivants et morts et sont donc construits pour y recevoir familles et amis. Plus on est riche, plus la
tombe est imposante. Cela va de la simple stèle sur un monticule coincée entre trois murs à la mini mosquée avec belle coupole. Dans les tombes des "riches", il y a une grande pièce principale
avec parfois des bancs sur les côtés et derrière un muret ou des parois ajourées, se tient la sépulture du mort. Dans celle qu'un jeune tailleur de pierre nous a ouverte, il y avait la photo du
mort et des articles de journaux épinglés sur la paroi, et sous un baldaquin, un énorme chapeau posé sur sa tombe. On en a déduit que c'était un chapelier connu ! Ce mort avait dû prendre la
place d'un précédent vu que la tombe semblait assez ancienne.
C'est
donc une petite ville avec des rues bordées de murs, ou de monuments, percés de ci de là de portails, parfois magnifiques ou de simples grilles.
Cette partie de la cité paraissait encore être dédiée à sa fonction. Il n'y avait personne dans les rues, quelques
voitures passaient sans faire très attention à nous. Comme nous voulions voir la mosquée "bleue", nous avons continué vers le sud. Mais passé une grande artère, c'est un tout autre cimetière que
nous avons découvert. Habité celui là. Il y avait des petits vieux assis sur le "seuil", des gamins en uniforme qui rentraient de l'école, des motocyclistes qui garaient leur engin "chez eux" et
poules, chèvres, moutons et même vaches campaient dans les tombes. Aucune hostilité, il faut dire que nous étions vêtues très simplement, sans rien pour attirer le regard.
Après plusieurs kilomètres, nous avons atteint, hors les murs, le quartier de la mosquée Bleue. Très endommagé lors du tremblement de terre de 1992, maisons et monuments sont dans un
piteux état. Cela a dû émouvoir l'Agha Khan qui finance une grande partie des travaux de restauration des écoles coraniques et mosquées du coin. Je ne sais depuis quand, mais les travaux
n'avancent guère. Heureusement, tous les monuments ont été étayés. Un égyptien qui gardait la mosquée et qui parlait anglais nous a fait visiter les lieux, couverts de carreaux de faïence bleue
d'Iran, (d'où son surnom) et même fait grimper dans le minaret. Encore des marches de plus de 50 cm de haut ! Mais quelle vue une fois arrivé au 1er étage! C'était la fin de l'après midi et la
lumière était toute dorée. Nous sommes rentrées à pied en traversant le sud des souks qui étaient pour la plupart fermés. Cela m'étonne toujours de voir que les magasins sont fermés le dimanche,
jour de semaine ici, et ouvert le vendredi, jour férié.
En forme quand même pour répondre à l'invitation à dîner de Samuel. Très bon repas et soirée sympathique. Et j'ai
oublié de pendre un photo!
Lundi
Comme hier, nous avions aperçu du monde sortir du musée islamique, j'avais demandé à des jeunes devant l'entrée s'il était ouvert. Bien sûr m'ont-ils répondu, mais
demain seulement. J'avais vu au restaurant suisse un journal en français qui décrivait l'inauguration des nouvelles salles du musée, fermé depuis longtemps. Je me suis donc rendue ce matin vers
10 heures là bas. Visite ratée car seule la bibliothèque-médiathèque était réouverte. Peut-être dans un mois, ou deux....m'a dit le gardien. A moins que ce ne soit pour la nouvelle année
islamique le 7 mars!
Mardi.
Bonne nouvelle, mon visa et l'autorisation de l'ambassade sont là. Ouf ! Enfin, je vais pouvoir partir
rejoindre "mon poste". On a décidé avec Salwa que je partirai vendredi. Il y a un délai de 48 heures de réservation obligatoire et c'est un jour de congés donc c'est plus facile pour mon arrivée
là bas. Je suis très contente. J'ai invité à diner Corine et Salwa ce soir pour célébrer l'événement, et comme j'avais prévu d'aller avec Denise dans un immense centre commercial près
d'Héliopolis pour y acheter un grille pain (ici le pain est très différent du nôtre et ne passe chez moi que grillé) pour l'emporter à Assiout, j'y ai fait quelques courses dans un super marché
genre grande surface française avec produit occidentaux. J'ai aussi acheté du vin chilien dans une boutique spécialisée et qui s'est avéré très bon.